Transmettre une entreprise, transmettre une histoire
Il y a des décisions qui ne se prennent pas en un jour.
Pendant 27 ans, Audrey Ziegler a consacré son énergie, son intuition et son enthousiasme à une entreprise qu’elle a vue naître, grandir et s’ancrer dans le paysage strasbourgeois : La Petite Pause.
5 points de vente, 27 collaborateurs, des milliers de clients fidèles et surtout une signature reconnue dans la petite restauration.
Mais derrière les chiffres, il y a une trajectoire entrepreneuriale faite de paris, d’engagement et de choix parfois difficiles. Et un moment, inévitable pour beaucoup de dirigeants : celui où l’on décide de transmettre.
Une intuition devenue entreprise
L’histoire commence presque comme une conversation familiale.
Après une faculté de maths et deux tentatives au CAPES, Audrey se retrouve à un carrefour. Son père, directeur commercial et homme de travail, lui pose une question simple : « Et maintenant, quel est ton plan B ? »
La réponse surgit naturellement. Avec son frère, tout juste diplômé d’un CAP de cuisinier-pâtissier-chocolatier, elle imagine ouvrir un salon de thé.
Une rencontre va pourtant changer leur trajectoire. Un professionnel du secteur leur confie une vérité simple : la rentabilité se trouve moins dans le thé que dans la petite restauration du midi.
Puis vient le moment décisif.
Lors de vacances familiales en Floride, ils découvrent les sandwichs préparés à la minute. À la fin des années 90, le concept est encore quasi inexistant à Strasbourg.
L’idée germe immédiatement : importer ce modèle, revisité, en Alsace.
En 1998, le 1er point de vente ouvre à Lingolsheim. Les banques refusent de financer le projet. Leur père décide alors de leur faire confiance et d’apporter les fonds nécessaires. Un an plus tard, il disparaît.
L’entreprise n’a que quelques mois d’existence et déjà une responsabilité immense.
Mais le succès arrive très vite. Les clients affluent, les files d’attente s’allongent et, quinze jours seulement après l’ouverture, il faut déjà recruter pour éviter de décevoir.
Les opportunités se succèdent ensuite presque naturellement.
Un salarié souhaite ouvrir au centre-ville de Strasbourg.
Un ami signale qu’aux Poteries il n’existe aucune offre de restauration rapide.
Audrey saisit ces occasions.
Pour accompagner la croissance, Audrey comprend qu’il faut franchir un cap. Elle ouvre alors un nouveau point de vente à l’Espace Européen, équipé d’un véritable laboratoire de production qui permet désormais d’alimenter l’ensemble des boutiques. La Petite Pause prend une nouvelle dimension.
Après dix années d’aventure partagée, son frère choisit de poursuivre son chemin ailleurs. Pour Audrey, l’envie est toujours là, intacte. Son mari rejoint alors l’entreprise pour l’épauler et prendre en main les achats. Une nouvelle page s’ouvre, toujours portée par la même énergie entrepreneuriale.
La Petite Pause devient progressivement une PME locale solide, portée par une vision simple : proposer une petite restauration de qualité, innovante et ancrée dans son territoire.
Le moment de lucidité
Pendant longtemps, Audrey avance avec la même énergie : créer, développer, accompagner ses équipes, imaginer de nouvelles recettes.
Puis le monde change.
Comme pour de nombreuses entreprises de restauration, la crise sanitaire agit comme un révélateur.
Les équilibres internes se fragilisent.
L’absentéisme augmente.
L’engagement des équipes devient plus difficile à maintenir.
Dans le même temps, le marché évolue à grande vitesse.
Les plateformes de livraison s’imposent.
De nouveaux acteurs locaux émergent.
Les boulangeries et la grande distribution investissent massivement le snacking.
L’activité se maintient, mais pour la première fois Audrey ressent une forme d’incertitude. La vision se brouille.
À cela s’ajoutent des problèmes de santé. La question n’est plus seulement de continuer, mais de réfléchir à la suite. Active dans plusieurs réseaux d’entrepreneurs comme l’APM, Réseau Entreprendre ou le Cercle CCI, Audrey rencontre Lucas Fattori, dirigeant de Michel Simond Alsace.
La relation de confiance s’installe rapidement.
Lucas comprend que l’enjeu dépasse la simple transaction. Il s’agit de transmettre 27 années de travail, d’engagement et de relations humaines.
Avec pédagogie et précision, il accompagne Audrey dans chaque étape : évaluation, rencontres, négociations.
3 projets de reprise émergent.
Le premier ne convainc pas humainement.
Le second enthousiasme Audrey, mais le timing ne correspond pas.
La troisième proposition arrive. Cette fois, tout s’aligne.
Mais lorsque la date de signature est posée, la réalité devient soudain tangible.
Audrey réalise qu’elle ne fera plus les prochaines cartes, qu’elle ne remplacera plus certains équipements, qu’elle doit refuser certaines demandes sans pouvoir encore expliquer pourquoi. Démêler 27 années de vie personnelle et entrepreneuriale ne se fait pas en quelques semaines. Heureusement, le temps administratif laisse à chacun l’espace nécessaire pour avancer pas à pas.
Moins d’un an s’écoule entre la décision et la signature finale.
Pendant tout ce parcours, Michel Simond Alsace joue pleinement son rôle : sécuriser, conseiller, équilibrer les discussions.
Un accompagnement qu’Audrey résume avec simplicité : professionnalisme, disponibilité et sens du juste compromis.
Une transmission qui ouvre de nouvelles perspectives
Les repreneurs viennent de Paris et dirigent déjà un concept de franchise de salade bars. Très vite, Audrey découvre un duo complémentaire, curieux et respectueux de l’histoire de l’entreprise. Depuis plusieurs semaines, elle les accompagne dans la transition.
Les échanges sont riches, les regards se croisent, les idées circulent.
Et peu à peu une évidence apparaît. La Petite Pause est entre de bonnes mains.
Mais surtout, Audrey découvre quelque chose d’inattendu.
Toutes ces années d’expérience, toutes ces décisions prises, toutes ces difficultés traversées ne disparaissent pas avec la transmission. Elles deviennent une ressource précieuse pour les autres entrepreneurs.
À l’évocation de la suite, ses yeux pétillent.
Elle veut prendre le temps.
Respirer après vingt-sept années d’intensité.
Voyager.
S’engager davantage dans les réseaux d’entrepreneurs.
Et continuer à rencontrer, écouter, partager.
Après avoir consacré toute son énergie à un projet unique pendant près de trois décennies, Audrey s’apprête peut-être à faire quelque chose de nouveau : mettre son expérience au service des projets des autres.
Créer une entreprise demande de l’audace.
La développer demande de la persévérance.
Mais savoir la transmettre au bon moment demande une qualité plus rare encore : la lucidité.
Avec l’accompagnement de Michel Simond Alsace, la transmission de La Petite Pause n’a pas été une rupture.
Elle a été une transition maîtrisée.
Une entreprise qui poursuit son histoire.
Des équipes qui continuent l’aventure.
Et une entrepreneure qui ouvre un nouveau chapitre.
Car dans la vie d’un dirigeant, transmettre n’est pas la fin du chemin.
C’est souvent le début d’un nouveau rôle.


